C’est vide donc j’occupe!

Interpellation à Christos Doulkeridis, Secrétaire d’Etat au Logement relative aux « occupations précaires » – Commission Logement du 13 octobre 2009

morichar

Monsieur le Ministre,

A Bruxelles, comme dans d’autres villes européennes, émergent depuis plusieurs années des mouvements d’occupation d’immeubles. Face à la crise du logement et au constat que de très nombreux logements ou immeubles de bureaux sont à ce jour inoccupés sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, les associations de terrain sont de plus en plus nombreuses à brandir des slogans tels que « c’est vide, donc j’occupe ».

On se souviendra d’épisodes d’occupations organisées qui ont ainsi vu le jour à Bruxelles (à la rue des Drapiers, l’Hôtel Tagawa ou plus récemment à la Place Morichar). Ces mouvements ne sont en général pas homogènes.  Ils sont politiques, artistiques, parfois les deux réunis et sont composés aussi bien de familles, que de sans-papiers, de sans-abris, de militants, d’artistes ou de précarisés du marché de l’emploi et du logement. En général, ils se structurent en comités et associations et organisent la vie du squat, dotant bien souvent l’occupation d’un règlement d’ordre intérieur, de responsables affectés aux diverses tâches que requiert l’occupation et constituent à brève échéance une véritable communauté de vie, aussi temporaire soit-elle.

Si le squat peut certes être assimilé à un acte de désobéissance civile, puisque les squatteurs décident de s’approprier illégalement un immeuble pour répondre à un besoin de logement, il n’en demeure pas moins que, par ce geste, c’est l’intérêt général ou collectif que les occupants décident de faire passer avant l’intérêt individuel et le droit de propriété.

Le rôle de ces occupations, que celles-ci soient initiées par des associations reconnues ou spontanées, est naturellement important, car non seulement elles maintiennent la vigilance des responsables politiques et de l’opinion publique constamment en éveil mais elles évitent également la marginalisation, la relégation et enfin l’exclusion de nombreuses personnes en situation de précarité temporaire ou extrême. Le rôle social qu’elles jouent est donc à cet égard manifeste.

Les occupants de la Place Morichar, qui se définissent comme des « mal logés », ont quitté leur occupation le 21 septembre dernier et se sont installés au 45 rue Belliard. Quelques jours plus tard, ils recevaient un nouvel avis d’expulsion, les propriétaires du bâtiment expliquant que la délivrance de leur permis d’urbanisme par la ville était imminente. Les occupants se sont dits surpris de ce nouvel avis d’expulsion puisqu’ils avaient obtenu un rendez-vous avec vous ainsi qu’avec les représentants du propriétaire trois jours plus tard dans l’espoir de signer une convention d’occupation provisoire.

A cet égard, pouvez-vous nous dire si cette rencontre a eu lieu et, le cas échéant, quelles sont les pistes qui ont été abordées ? Plus généralement, pouvez-vous nous dire, Monsieur le Secrétaire d’Etat, comment vous envisagez votre rôle dans ce type de problématique en tant que responsable de la politique du Logement ? Avez-vous également des exemples d’accompagnement, par les pouvoirs publics, de ce type d’initiatives en Belgique ou dans d’autres pays ?

Enfin, l’établissement d’un cadastre des immeubles ou logements susceptibles de faire l’objet d’une convention d’occupation temporaire vous semble-t-il envisageable ? Car en cas d’expulsion, ce sont des dizaines de familles, comme dans le cas de l’occupation Morichar, qui partiront de toute façon en quête d’un nouvel espace à occuper. Les pouvoirs publics doivent-ils selon vous jouer un rôle d’encadrement à cet égard?

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