Evaluer les discriminations positives ? En fait, c’est prévu

Ecole La Commission de pilotage devra rendre un rapport en 2013

Depuis la fin des années 80, la Communauté française épaule les écoles accueillant des publics difficiles en leur apportant des moyens supplémentaires en termes financiers et humains.
Initialement, ce mécanisme visait des établissements localisés dans des « zones d’éducation prioritaire » (ZEP). Rebaptisé « discriminations positives », puis « encadrement différencié », le système a été progressivement élargi à toute école en difficulté, quelle que soit sa localisation, et le budget a été considérablement augmenté (aujourd’hui, il s’élève à 63 millions/an.
Avec quel résultat, tout ceci ?
On l’ignore.
Aucune évaluation n’a jamais été réalisée.
Comme signalé dans Le Soir des 31 mars et 1er avril, Françoise Bertieaux (MR) va déposer au Parlement de la Communauté française une résolution invitant le gouvernement Demotte (PS, CDH, Ecolo) à analyser les effets de l’« encadrement différencié. »
La cheffe du groupe libéral propose une évaluation externe.
La résolution MR sera-t-elle appuyée par les autres groupes du parlement ? L’affaire sera tranchée à la rentrée. Mais les chances sont minces. « Le fait est qu’une évaluation est en réalité prévue », dit-on au cabinet de Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Education (CDH). L’article 17 du décret du 30 avril 2009, fondant l’encadrement différencié, signale en effet que la Commission de pilotage (1) devra évaluer le système tous les trois ans, avec remise d’un premier rapport « au plus tard le 30 juin 2013. » Le même décret charge la même Commission « d’observer, suivre et évaluer de manière continue le dispositif d’encadrement différencié. »
Alors, au feu, la résolution du MR ? C’est plausible.
« Cette résolution, c’est de bonne guerre – le MR veut montrer qu’il existe – mais évaluer, c’est donc programmé, dit Yves Reinkin, député Ecolo. Ce qu’il faut, c’est veiller à ce que ce travail se fasse à temps et à heure. »
Caroline Désir, députée PS, renchérit : « Demander une évaluation, c’est légitime et ça l’est tellement que c’est prévu. Maintenant, si ce que Madame Bertieaux demande, c’est d’anticiper l’évaluation prévue, ça, c’est difficile. Le décret sur l’encadrement différencié a été voté en 2009. En tenant compte de la mise en route, le nouveau régime ne s’applique que pour la deuxième année. C’est trop tôt pour évaluer. »
Membre de la Commission de pilotage, Eugène Ernst (CSC), souhaite, lui aussi, l’évaluation du décret de 2009. Mais il souligne la difficulté de l’exercice : « Chaque école bénéficiant de l’encadrement différencié a dû concevoir un plan d’action propre – telle école a misé sur la réduction des classes, telle autre travaille la remédiation, telle autre a investi en priorité dans l’aménagement matériel. C’est bien, l’autonomie des écoles mais, maintenant, allez évaluer tout ça… Il faudra que la Commission évalue les effets de chaque projet avec la difficulté de trouver des critères pertinents. Il faut évaluer, c’est entendu. Mais l’affaire est vraiment complexe. »
Traduisons ceci : si l’évaluation est à l’agenda, elle n’est peut-être pas encore dans le sac.
Créée en 1993, cette commission réunit les acteurs traditionnels de l’école (administration, pouvoirs organisateurs, inspection, syndicats, etc.) Elle est notamment chargée de l’accompagnement et de la mise en œuvre des réformes.

Le Soir
BOUILLON,PIERRE
Page 5
Mercredi 11 avril 2012

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