Résultats 2016 relatifs aux évaluations externes certificatives pour l’enseignement secondaire en immersion linguistique.

Réponse à la question écrite n° 345, du 8 novembre 2016, à Madame Marie-Martine SCHYNS, Ministre de l’Education.

 

Concerne : Résultats 2016 relatifs aux évaluations externes certificatives pour l’enseignement secondaire en immersion linguistique.

 

Actuellement, ce sont près de 128 écoles secondaires qui proposent des cursus en immersion en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cet enseignement en immersion permet aux élèves de développer des compétences dans une deuxième langue en suivant une scolarité « bilingue ».

L’immersion permet bien entendu une maîtrise plus approfondie et plus durable de la langue mais divers autres bénéfices ont pu également être mis en évidence au terme de plusieurs années de pratique.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le bémol pour les élèves suivant un cursus en immersion, pointe toutefois son nez lors des passations des évaluations externes certificatives communes à toutes les écoles telles que le CE1D ou le CESS. En effet, la passation de ces épreuves se déroulera obligatoirement en français alors qu’ils auront suivi certains des cours visés par CE1D ou le CESS (ex : sciences ou histoire), durant 2 années en néerlandais, en anglais ou en allemand. Dans ce cas précis, le CE1D ou le CESS ne donne pas les mêmes chances à tous les enfants. Or, au départ, c’est son but…

– Dès lors Madame la Ministre, n’est-il pas envisageable de trouver une solution pour ces enfants en immersion qui rencontrent là une forme de discrimination ?

– Les épreuves externes sont déjà source d’un certain stress pour les élèves. En proposant des examens en français à des élèves en immersion dans des matières où le vocabulaire est assez spécifique, on ajoute une couche d’inquiétude. – Quel est votre état de réflexion sur la question ?

– Disposez-vous de données chiffrées quant aux taux de réussite des évaluations externes 2016 pour les matières telles que sciences ou histoire concernant les enfants inscrits en immersion ?

– Dans certaines écoles, ces enfants ont dû passer, dans plusieurs matières, 2 examens distincts, l’un organisé par l’école, dans la langue visée par l’immersion, l’autre en français via l’épreuve externe. Ne pensez-vous pas que la multiplication de ces examens est également une source de discrimination entre élèves ? – Disposez-vous des résultats obtenus dans chaque langue ? S’avèrent-ils meilleurs dans la langue visée par l’immersion ?

Madame la Ministre, ce qu’il faudrait idéalement, c’est créer un examen spécifique pour les filières en immersion, visant les mêmes compétences socles que les épreuves externes, – quel est-votre état de réflexion sur cette proposition ?

Lire la réponse de la Ministre :

Vu l’ampleur prise par le dispositif d’immersion ces dernières années, comme nous l’avons évoqué en Commission notamment avec M. Crucke, il est évident que celui-ci devrait faire l’objet d’une analyse approfondie par un service de recherche universitaire comme celle menée entre 2003 et 2007 (1) .

Les données relevées lors de la dernière évaluation non certificative en histoire et géographie en 3e secondaire montrent que les élèves qui ont suivi ces disciplines en immersion en 2e année secondaire ne rencontrent pas de difficultés majeures par rapport aux autres élèves. L’analyse de ces résultats devrait toutefois être affinée et complétée par une mise en contexte (observer quelles questions ont posé plus de difficulté et nuancer par rapport à la population spécifique qui suit ce cursus).

Les résultats obtenus aux épreuves externes communes pourraient également faire l’objet d’analyses complémentaires ; cependant leur relevé dans l’enseignement secondaire n’est actuellement pas complet, puisque l’immersion peut y concerner certaines classes d’un même établissement seulement. Par exemple, certains élèves d’un même établissement peuvent suivre l’histoire en immersion et d’autres non. C’est donc un choix de l’établissement. Si ces données étaient complètes, il serait intéressant d’analyser le bénéfice éventuel au niveau de la réussite du CE1D langues modernes.

Il est également nécessaire d’analyser de façon plus large le public visé par l’enseignement en immersion. En 2012, un des indicateurs issu de la brochure Indicateurs de l’enseignement portait sur l’immersion linguistique dans l’enseignement fondamental ordinaire. Une nouvelle analyse du dispositif est prévue pour la prochaine publication en 2017.

Les épreuves externes communes certificatives (CEB, CE1D et CESS) souffrent d’un problème d’image auprès des élèves. En fait, elles ne devraient pas être source de stress. En effet, en cas de réussite à l’épreuve, l’élève a automatiquement réussi pour cette discipline. Par contre en cas d’échec, l’équipe éducative peut prendre en considération des éléments du dossier de l’élève et décider de l’octroi du certificat. Cette souplesse du système permet de compenser un éventuel problème lié à l’apprentissage du vocabulaire spécifique. Cependant, la question reste posée de savoir si ce vocabulaire ne devrait pas faire l’objet d’un transfert dans la langue maternelle lors des apprentissages

(1) Evaluation de programmes d’immersion en Communauté française: une étude longitudinale comparative du développement de compétences linguistiques d’enfants francophones immergés en néerlandais, Lecocq, Katia ; Mousty, Philippe ; Kolinsky, Régine ; Goetry, Vincent ; Morais, Jose ; Alegria Iscoa, Jesus.

Pour rappel, suivant le décret du 2 juin 2006,

– les épreuves externes certificatives CEB et CE1D portent sur la maitrise de compétences attendues à l’issue de la troisième étape de l’enseignement obligatoire telles que définies dans le décret du 19 juillet 2001 .

– les épreuves CESS portent sur les compétences et savoirs attendus à l’issue des Humanités générales et technologiques ou des Humanités professionnelles et techniques tels que visés aux articles 25 et 35 du décret du 24 juillet 1997 (décret Missions) .

Ces seuils de compétences à atteindre sont identiques, que l’élève suive un enseignement en immersion ou non.

Si certains établissements organisent des épreuves complémentaires, ils agissent dans le cadre de leur autonomie pédagogique, mais les seuils de réussite restent les mêmes et donc ces épreuves constituent plutôt une évaluation formative, permettant à l’élève de se situer dans la progression de son apprentissage dans la langue d’immersion.

Les sous-groupes disciplinaires « Histoire » et « Géographie » du GT I.1. « Savoirs et compétences » présidé par le Professeur Romainville, ont abordé cette thématique et recommandent effectivement la nécessité de « mettre à plat » la situation, d’établir un diagnostic fin de ses apports et de ses limites, et de fixer les orientations pour en améliorer l’efficacité et l’équité, en ce qui concerne l’apprentissage des connaissances et des compétences tant langagières que géographiques. Le GT « au complet » quant à lui rejoint l’idée qu’il faut éviter que l’enseignement en immersion améliore le cursus des élèves au niveau linguistique, tout en dévalorisant les disciplines au sein desquelles il est pratiqué. Si des changements devaient être opérés, cela nécessitera en substance une modification décrétale tant pour le décret « Epreuves externes » que pour le décret « Immersion ».

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