Le Soir : « La maison qui ne manque pas d’airs »

IXELLES Rue du Viaduc, le contrat de quartier a pris l’accent jeune et culturel

  • L’ASBL Mamemo est aux commandes de la Maison qui chante.
  • Un lieu unique en Europe pour ouvrir les enfants aux musiques du monde.

Le Nouveau théâtre de Belgique n’étant plus, voici venu le temps de la Maison qui chante. Niché rue du Viaduc, à Ixelles, le lieu redonne de la voix grâce au Contrat de quartier durable Sceptre, qui a permis à la commune d’investir dans ce bâtiment depuis trop longtemps hanté par le silence.

Inaugurée officiellement mercredi, la Maison qui chante présente un concept plutôt original, c’est même une première en Europe, à entendre le chef d’orchestre du cru, Olivier Battesti. Celui que les (un peu) plus de vingt ans ne peuvent avoir oublié. « Mais qu’est ce que c’est bon les bonbons, mais qu’est ce que c’est chouette les sucettes et les caramels, mouououous. »

Voilà un air qui colle aux oreilles de tous les amateurs de Mamemo, groupe né à la fin des années 70 alliant spectacles et chansons pour les plus jeunes. Aux commandes, Martine Peters et Olivier Battesti donc qui, avec leur ASBL, ont décidé de rendre au 122 de la rue du Viaduc ses « notes » de noblesses en ouvrant les enfants aux musiques du monde. Grâce, notamment, à leur salle de spectacle de 180 places. « Une belle petite boîte noire dans laquelle nous avons mis tout notre savoir-faire. » Livré brut par la commune, le lieu est habillé et équipé par Mamemo qui, en échange, bénéficie d’une occupation gracieuse durant douze ans (plus trois autres éventuels).

« Depuis dix ans, Martine et moi militions pour créer une telle initiative envers le jeune public. Il y a un an et demi, la commune d’Ixelles nous a contactés, nous avons répondu à l’appel à projets et nous avons eu la chance d’être choisis pour animer ce lieu dédié à la chanson pour enfants, sa pratique, ses créations et ses artistes. »

Soutenu par la Communauté française et la Commission communautaire française, le projet s’inscrit dans un réseau européen. « Les dessins animés de Mamemo sont présents dans 40 pays, traduits dans une dizaine de langues et, du coup, pas mal de portes se sont ouvertes. » De quoi espérer exporter les créations à l’international. « Nous aurons, par exemple, un relais au festival d’Avignon, ou encore à la Réunion et sans doute au Japon, indique déjà Olivier Battesti. L’idée est de faire rayonner les artistes de la Communauté française, mais aussi des néerlandophones et des anglophones. »

Au rayon programmation, la maison ne part pas de rien : « On est tombés dedans, n’oubliez pas, rappelle notre hôte. On va faire un appel d’offres en mai en proposant aux artistes de nous présenter des projets qui nous donnent envie de les suivre. » Des artistes seront également conviés en résidence. « L’idée est d’offrir un outil performant pour mettre sur orbite des spectacles jeune public issus des chants du monde. » La saison, elle, a déjà débuté durant les travaux. Les mômes de l’école 4 ont ainsi essuyé les plâtres, si l’on ose dire. « Une super école qui nous a servi de bêta testeur. Ils ont eu des animations autour des chants galiciens. L’objectif étant de découvrir, de ressentir et de pratiquer, tout est axé sur le ludique et l’expérimentation en groupe. On s’adresse aux enfants à partir de 4 ou 5 ans et le sensoriel est fondamental, à charge pour les artistes de leur faire ressentir leur culture. »

Des ateliers qui s’étendent sur plusieurs semaines, tout en trouvant un prolongement en classe. «Ce laboratoire que nous avons lancé montera en puissance dès l’année prochaine avec un plus grand nombre d’écoles, annonce Olivier Battesti. Mais nous allons y aller mollo car nous voulons mettre l’accent sur la qualité, pas sur la quantité. »

Avec, au cœur de la partition, un refrain récurrent, celui de la mixité sociale, « qui est au cœur de notre projet. Nous voulons à la fois transmettre un savoir-faire aux artistes et au public, mais aussi mettre l’accent sur la mixité des cultures. On sait à quel point c’est important. Nous sommes militants sur ce thème, non en termes politiques, mais en termes d’engagement social. La culture a un rôle fondamental à jouer contre la montée des extrémismes et des nationalismes. Nous, on fait ce qu’on sait faire : essayer de faire aimer la culture des autres. Il y a sans doute une part de naïveté, mais il me paraît important de garder cet élan ».

La voie « jeunes »

C’est donc avec des fonds régionaux et fédéraux (Beliris) que la commune a pu redonner vie à l’immeuble de la rue du Viaduc. « Nous avons réalisé les travaux sur ce bâtiment dans le cadre du contrat de quartier Sceptre. Outre l’aspect culturel, cinq appartements à vocation sociale, tous occupés aujourd’hui, ont été aménagés, indique Isabelle Legrain du service Rénovation urbaine de la commune d’Ixelles. Pour l’espace culturel, nous savions que nous ne voulions pas d’un théâtre, l’offre étant déjà suffisamment large dans le quartier, mais le diagnostic posé dans le cadre du contrat de quartier mettait en avant un besoin de culture, notamment envers un public de famille et de jeunes. »

Pour l’ensemble du projet, le budget atteint 1,2 million dont 400.000 euros pour la Maison qui chante. « Un projet qui nous ravit », pointe l’échevine Caroline Désir (PS) : « On revalorise un lieu à l’abandon, qui reste affecté à la culture tout en s’ouvrant au jeune public, ce qui colle parfaitement avec notre population et au foisonnement d’écoles. Les artistes aussi sont bien présents et nous avons aujourd’hui un lieu pour accueillir toute cette dynamique. »

■ PATRICE LEPRINCE – Le Soir 2 mai 2017