L’ubérisation du marché locatif à Bruxelles

Interpellation à Mme Céline Frémault, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée du Logement, de la Qualité de vie, de l’Environnement et de l’Énergie.

Concerne:  L’ubérisation du marché locatif à Bruxelles.

Des milliers de Bruxellois sont à la recherche d’un logement décent et abordable. Ce phénomène n’est pas nouveau puisque cela fait plus de dix ans que nous connaissons une crise du logement qui ne cesse de s’accentuer. Cela a eu pour conséquence notamment le développement des formes de logement alternatif : colocation, habitat groupé, mais aussi des occupations temporaires.

Aujourd’hui, sur ce marché bien spécifique de l’occupation temporaire, on retrouve une série de firmes qui ne poursuivent pas un objectif social mais bien commercial.

En 2009, la Fédération bruxelloise de l’union pour le logement (Fébul) tirait déjà la sonnette d’alarme sur ce phénomène en indiquant dans un rapport que « des firmes commerciales, telles que Lancelot et Interim Vastgoedbeheer contactent des sociétés immobilières de service public (SISP) pour proposer leurs services ». Ces firmes agissaient d’ailleurs également sur le marché privé bruxellois.

Dans un article récent de L’Obs, on pouvait lire la crainte de voir arriver une ubérisation du marché locatif en Europe. En réalité, cette ubérisation aurait déjà commencé depuis quelques années.

L’article met en évidence la société Camelot qui se présente comme un gestionnaire de biens immobiliers temporairement vacants. Les propriétaires confient ainsi leur bien à la société qui, ensuite, le met en location temporairement à moindre coût, sous certaines conditions. Ces conditions, qui relèvent plutôt d’interdictions, sont quelques peu interpellantes (pas d’enfants, ne pas inviter plus de deux personnes, ne pas partir plus de trois jours, etc.). Par ailleurs, l’article indique que la société Camelot détient un double des clés et s’autorise à procéder au contrôle du logement, que le locataire soit présent ou non.

Ces pratiques sont intrusives et suscitent de nombreuses questions. Une telle marchandisation de la précarité ne peut pas mener à tout se permettre, sous couvert d’une bonne gestion des espaces.

Ces sociétés poursuivent un objectif purement mercantile et ne prévoient aucun accompagnement social des locataires, ce qui est pourtant primordial pour des publics fragilisés.

De manière générale, ces nouvelles formes et plates-formes d’économie soi-disant « solidaire » semblent assez sournoises. Elles sont à surveiller de très près, surtout lorsqu’il s’agit de logement décent qui est, je le rappelle, un droit fondamental.

Disposez-vous d’informations sur des sociétés privées qui feraient de l’occupation temporaire à Bruxelles ?

La Région a-t-elle eu des contacts avec certaines de ces sociétés ? Si oui, des logements ont-ils été mis à disposition pour la location et à quelles conditions ?

Craignez-vous ce type d’ubérisation du marché locatif dans notre Région, comme c’est le cas aux Pays-Bas et en France ?

Quels efforts supplémentaires la Région déploie-t-elle pour attirer les propriétaires privés, afin qu’ils ne se tournent pas vers ces firmes, mais plutôt vers les agences immobilières sociales (AIS), par exemple ? Enfin, si ce type de marché devait se développer, une réflexion est-elle menée pour formaliser les baux qui en découleraient ?

 

Lire la réponse du Ministre: 

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